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RÉCITS

Extraits

 

              Voici une de mes aventures, tirée du livre. Elle se passe en Égypte, au Caire.

 

VOL DE BIJOUX A LOUXOR

 

            Le lendemain, assise à la terrasse de mon hôtel devant un rafraîchissement, je méditais sur mes aventures lorsque deux policiers égyptiens m’abordèrent. Je savais que chaque fois que j’arrivais dans un établissement, les autorités examinaient mon passeport. Si vous faites partie d’un troupeau de moutons mené par un berger reconnu, vous ne vous  en apercevez pas mais si vous voyagez en indépendant, on vient souvent vous poser quelques questions. Dès leur approche, je sus que mon métier, radiesthésiste, porté sur mon passeport, avait quelque peu intrigué les porteurs d’uniformes. Surtout qu’ils avaient entendu parler de mes déboires très particuliers.

«—A quoi pensez-vous si intensément, me demandèrent-ils cordialement.

à un voyage bien mouvementé, répondis-je.

Et que pensez-vous de notre pays ? »

Encouragée par leur amabilité, je leur rétorquai que je trouvais les gens très accueillants, très gentils et que l’Égypte était un pays très troublant. La conversation s’engagea ainsi et, gênée de les voir debout, je les invitai à s’asseoir à ma table. Nous discutâmes de choses et d’autres mais je percevais dans leur esprit un souci. La voyance s’amorça et je leur lançai :

« —Vous avez un important vol de bijoux sur les bras que vous ne savez comment résoudre.

Ça alors ! s’écria l’un d’eux. Comment sais-tu cela ? C’est tout à fait vrai ! Les voleurs se sont sauvés et il ne va pas être facile de les retrouver. »

Je souris encore à leur réaction. Ils avaient carrément sauté sur leurs sièges et m’avaient instinctivement tutoyée. Sur leur demande, je leur expliquai succinctement le principe d’une voyance et, en guise de test, ils me demandèrent ce qui avait été volé.

«— Je les vois, affirmai-je, les yeux dans le vague, mon esprit voyageant dans une autre dimension. Ils ont dérobé des bijoux.

Tu es vraiment voyante, admirent-ils. On ne te quitte plus. Tu nous intéresses. Attends un moment, je téléphone à mon chef.  »

Quelques minutes plus tard, leur supérieur vint nous rejoindre. Le barman observait du coin de l’œil cette curieuse réunion policière autour de cette étrange femme aux pieds bandés. Le chef me demanda, sans trop y croire, si je pouvais leur fournir davantage d’informations concernant la description des malfrats et l’endroit où ils se trouvaient.

«— Ils sont dans un lieu sombre. Deux se tiennent debout. Le troisième s’est accroupi. Ce dernier est vêtu de noir ou bleu nuit mais plutôt de noir. Un autre porte un pantalon foncé et un t-shirt clair. Ils sont tous trois très sales. Je les vois au bord de l’eau. Près des deux coquins debout se trouve une barque en très mauvais état. Sa coque est défoncée.

—   Pouvez-vous savoir s’ils ont toujours les bijoux ?

—   Ils les ont. Ils sont enroulés dans un chiffon crasseux que tient dans les mains l’homme accroupi. »

            Mes trois policiers devenaient de plus en plus excités. Ils recherchaient ces bijoux depuis plusieurs jours sans résultat. Ils étaient si reconnaissants qu’ils n’arrêtaient pas de me remercier. Il me posèrent d’autres questions. Mais c’est lorsque je leur dévoilai que celui qui était accroupi était plus petit que les deux autres et qu’il portait une montre en or que tout s’éclaira. Ils surent alors qui étaient les voleurs et, grâce à mes indications, où ils se cachaient. Sans tarder,  le policier gradé envoya ses hommes, auxquels il fit parvenir des renforts, pour arrêter les voleurs. Il n’arrivait pas à assimiler qu’une française, tranquillement assise à réfléchir, trouvât aussi facilement son gibier.

« —Vous êtes une grande dame, me complimenta-t-il. Nous avons besoin de vous, ici. Restez avec nous. Nous ne voulons pas vous perdre. »

Je savais qu’il était sincère. Dans ces pays, les facultés extra-sensorielles sont beaucoup mieux acceptées qu’en occident. Ils m’avaient cru immédiatement ; sans preuve. Enfin presque. Belle leçon de discernement. Évidemment, il était fortement conseillé que tout soit vrai sinon...  Pour patienter et comme il avait terminé sa journée, le policier m’invita au restaurant. J’acceptai, car, en fin de compte, lui et ses collègues venaient de me faire passer un bon moment.

            Au milieu du repas, les deux subordonnés vinrent au rapport : succès sur toute la ligne. Les voleurs étaient sous les verrous et les bijoux récupérés. J’étais très heureuse pour eux. Leur joie faisait plaisir à voir. Nous continuâmes notre repas. Mon voisin était tellement débordant de reconnaissance que tous les clients de l’hôtel étaient au courant. Il avait même donné l’ordre à tous de veiller sur moi ; « qu’il y tenait beaucoup », avait-t-il précisé. En quelques heures, j’étais devenue la vedette de Louxor. Les nouvelles vont vite là-bas. Je fus ensuite priée d’assister, comme invitée d’honneur, à la fête de la police qui se tenait tous les ans au Caire. Cela ne se refuse pas et je promis d’y être le moment venu. 

 

Cette deuxième aventure, également tirée du livre, s'est déroulée à Paris.

 

LE VOYANT FOU

 

              Le fait qu’un médium ne puisse rien prédire pour lui-même me contrarie souverainement mais ce soir-là, je le fus encore plus que d’habitude. Si j’avais su qu’une soirée de détente allait se tourner en véritable cauchemar, je ne serais certainement pas sortie de chez moi. Cependant, dans la totale ignorance des événements dramatiques à venir, je suis partie, rejointe par une vingtaine de mes clients, participer à un dîner de gala de la voyance à Paris. La perspective d’un bon repas nous rendait plutôt joyeux et nous pénétrâmes avec détermination dans une vaste salle où se tenaient alignées de grandes tables rectangulaires. Nous nous installâmes autour de l’une d’entre elles, prêts à goûter sans retenue à un menu qui, d’après la carte, devait s’avérer d’excellente qualité. Je me trouvais en bout de table, encadrée par deux hommes, configuration qui allait me sauver la vie.

            Dans le brouhaha traditionnel de ce genre de réunions gastronomiques, du sein duquel jaillissaient sporadiquement de bruyants éclats de rire, où l’on pouvait voir ici et là un bras émerger de la forêt de têtes pour saluer une connaissance assise à une autre table, nous nous sentions parfaitement à l’aise, nous laissant porter par cette ambiance sympathique. Nous devisions gaiement lorsque soudain, alors que rien n’avait pu le laisser présager, un voyant, bien connu du grand public, se leva d’un bond,  saisit un couteau et se précipita vers moi, dans mon dos. Le visage déformé par un rictus effrayant, il  leva le bras dans le but évident de me transpercer de sa lame. Par bonheur, les deux hommes qui m’encadraient, bien placés pour prévenir son geste, purent, en se jetant sur lui, éviter le pire. La lame du couteau ne fit que m’effleurer. J’étais pétrifiée de terreur rétrospective mais aussi de stupéfaction. Pourquoi cette agression, et, de plus, en public ? Mes deux gardes du corps improvisés avaient toutes les peines du monde à maîtriser le forcené. Il  fallut le renfort de vigiles pour l’immobiliser et le faire sortir de la salle.

            Entre temps, j’avais perdu connaissance. Ma sensibilité ne me permet pas de subir un tel attentat sans conséquence. Après une absence de courte durée, je repris vie pour assister à un spectacle qui me laissa de nouveau sans voix. Tout le monde était immobile. Le temps s’était arrêté. J’avais l’impression de me trouver devant un instantané en trois dimensions. Les musiciens, instruments aux lèvres ou au bout des doigts, semblaient transformés en statues, de même que les convives, qui,  le verre à la main, qui,  la fourchette en direction de la bouche, qui,  les lèvres déformées par un son qui ne parvenait pas à être prononcé, paraissaient figés pour l’éternité. Un silence de mort régnait dans ce musée Grévin impromptu. Je ne sais combien de temps a duré le phénomène mais, peu à peu, tout  rentra dans l’ordre et les discussions allèrent bon train sur ce qu’il venait de se passer.

            Le voyant fou, une fois sa raison retrouvée,  ne put expliquer son geste. En ce qui me concernait, j’avais compris qu’il avait été téléguidé par un archétype négatif avec lequel, je ne sais en quelles circonstances, il s’était connecté. Il me paraissait évident que la justice terrienne serait impuissante  parce qu’ignorante de l’existence de ce genre de situations. C’est pour cette raison que, malgré la gravité de son agression, je ne portai pas plainte. J’ai appris incidemment, il y a quelques années que lui-même avait été assassiné de plusieurs coups de couteaux. Sa tentative, même manquée, avait été enregistrée dans l’archétype harmonique parce qu’il avait accompli l’acte. La forme la plus radicale de la loi du karma s’est automatiquement mise en marche et il est mort par un couteau pour avoir voulu supprimer une vie avec un couteau.



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