La femme-serpent.
Cette histoire, extraite de mon livre, essaie de montrer sans y parvenir vraiment les difficultés rencontrées lors de tels combats. Je ne me suis pas attardée non plus sur les douleurs ressenties mais je peux vous assurer qu'il faut savoir endurer plus que vous ne le pensez pour gagner.
Un souvenir particulier pour l'amie de la victime de cette infamie qui a fait preuve d'une véritable abnégation.
Par ailleurs, un de mes assistants a enregistré une grande partie de cette longue séance. Des extraits, les plus significatifs, seront mis en ligne dès que possible.
A un corps physique ne correspond qu’un seul corps astral. Mais parfois, dans le seul but de nuire, un être sournois y dépêche un deuxième corps immatériel. Grâce à la manipulation de certaines forces, le mécréant impose, à l’insu de sa victime, une cohabitation au cours de laquelle apparaîtront de nombreux désagréments dramatiques. La tête, le cou et les reins deviendront des lieux de misère. Les intestins seront tourmentés. L’ardeur quittera le corps qui, parfois, à heure fixe, tombera inerte, privé de toute rébellion. La détection moderne, comme la radiographie ou autre, restera stérile et tout remède, inefficace. Un regard purement terrien ne décèlera là qu’un malade imaginaire. Et pourtant...
c’est ainsi que je reçus la visite d’une jeune femme que consumaient les flammes d’une réalité perverse. Elle s’était aperçue que le chemin qui mène à la délivrance est pratiquement toujours parsemé de dangers et la voiture qui l’amenait faillit ne jamais arriver. L’ami qui la conduisait dut franchir bien des obstacles pour parvenir à destination. L’intrus qui se trouvait dans le corps de sa passagère s’était révolté et l’équipée fut mouvementée.
Assise en face de moi, elle m’avoua qu’elle connaissait l’origine de ses tourments mais ses décisions, influencées ou non par la présence indésirable, étaient comme le balancier du métronome : tantôt, elle souhaitait vivement être délivrée, tantôt, elle ne voyait plus la nécessité de mon intervention. D’autre part, son esprit était hanté par la perte récente de sa chatte, comme si elle voyait, dans cette disparition, un signe du destin. Signe d’autant plus fort que le chaton qu’elle avait tenté d’adopter par la suite s’était tué en se jetant par la fenêtre de son appartement après y avoir occasionné d’importantes déprédations.
Tout à coup, sans que rien ne l’eut laissé prévoir, un orage de démence éclata dans son esprit. Les éclairs qui aveuglaient sa lucidité l’emportèrent dans un délire qui l’amena à se dévêtir en courant vers l’extérieur où elle se réfugia dans une flaque d’eau formée par les dernières pluies. C'était comme si l’eau et la boue constituaient le bouclier qui la protégeait de la fureur de ses ennemis. Cette attitude m’intrigua mais je n’avais pas le loisir de m’y arrêter.
Nous la maîtrisâmes, son ami et moi, tant bien que mal. Lors d’un court instant de raison, elle m’implora, avec un regard désespéré, de l’attacher à un arbre. Nous accédâmes à sa demande afin de lui éviter de nouveaux déboires. Nous assistâmes alors, stupéfaits, à un véritable ballet reptilien exécuté par une silhouette humaine. Montrant une langue effilée, elle cherchait à s’enrouler autour du tronc qui la retenait. Tout, dans son comportement et dans la mouvance ondulatoire de ses mouvements, rappelait un serpent. C’était saisissant et presque irréel. Il nous semblait être les acteurs d’un conte surréaliste, hors du temps.
Je me repris très vite et décidai d’user de douceur pour essayer d’amadouer cette bête sauvage douée d’intelligence. Deux heures d’effort furent nécessaires au cours desquelles je dus utiliser toutes les ressources de la diplomatie pour endormir l’agressivité de la créature maléfique. Nous étions tous épuisés mais le temps clair était revenu dans l’esprit de jeune femme. Après avoir pris le rendez-vous de la délivrance, elle et son ami repartirent, encore sous le choc.
En attendant la date cruciale, je travaillai sur elle à distance afin que celui qui était en elle restât calme. Le jour venu, j’intensifiai les forces de protection afin que ne montât aucune tempête pendant le voyage et qu’elle arrivât chez moi en toute quiétude. Elle parvint à bon port, aucune perturbation n’ayant entravé le bon déroulement du trajet. Après quelques échanges de banalités destinées à détendre l’atmosphère, nous entrâmes dans la pièce consacrée.
Dès qu’elle eut pénétré dans cet univers particulier, son comportement se modifia. Sa détermination s’envola. L’usurpateur sentait le danger. J’avais, comme il se doit, préparé la pièce et elle était devenue un sanctuaire dans lequel il devait ressentir un pénible malaise. Une nervosité significative envahissait ma cliente. Une peur incontrôlée s’extériorisa en des tremblements qui parcouraient tout son corps. Je tâchai aimablement de la faire asseoir dans un fauteuil mais elle semblait montée sur ressorts. Trois assistants m’entouraient. Des bras supplémentaires pouvaient s’avérer nécessaires. Au vu des premières réactions, alors que rien n’avait débuté, je sus que j’allais affronter un esprit très fort.
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Lorsqu’elle eut consenti à s’asseoir, nous pûmes enfin commencer. L’intrus prit immédiatement le contrôle de son corps, tout en restant prudent devant la force qui lui faisait face. Il préféra user de stratagèmes pour gagner du temps et me tester. Il entreprit donc de me faire du charme. Avec une voix doucereuse d’où perçait la duplicité, il me fit d’abord part de son origine étrangère, puis me flatta en affirmant qu’il me trouvait belle, que j’avais de beaux yeux et que j’étais très intelligente. Ses yeux devenaient vicieux et il n’hésitait pas à me faire du genou. Le fait qu’il occupait un corps de femme ne semblait nullement le gêner. Je tournai ses compliments en dérision pour lui montrer que son manège n’effriterait pas ma détermination. Je devais plus que jamais le dominer, car je venais de découvrir, par télépathie, que notre séducteur avait la faculté de se transformer en serpent. J’avais pensé qu’ils étaient deux alors qu’en fait, il n’y en avait qu’un seul qui pouvait prendre deux formes.
Devant l’insuccès de ses avances, son visage se métamorphosa et prit l’image de ses intentions. Ses traits se crispèrent dans un rictus menaçant, ses yeux engageants se rétrécirent pour devenir deux fentes meurtrières et ses lèvres s’affinèrent jusqu'à presque disparaître. Ce manège dura un bon moment pendant lequel je ne restais pas inactive. Non seulement je contrais ses arguments mais j’effectuais un autre travail, invisible pour un spectateur non avisé, qui visait à le déstabiliser, à le soumettre et aussi à mieux le connaître afin de prévoir ses réactions. Après avoir changé d’aspect, il prétendit, d’un ton sec qu’il voulait incisif dans l’espoir de m’intimider, qu’il allait m’arracher les yeux ou m’étrangler en s’enroulant autour de mon cou. Je ris de ses projets, malgré qu’ils fussent sérieux dans son esprit, lui signifiant ainsi que sa manœuvre resterait sans effet. A la suite de quoi son comportement traduisit son incertitude entre la mise à exécution de ses menaces et la soumission à cette force inflexible qui l'inquiétait.
J’ouvre ici une parenthèse, car j’ai conscience que le récit de ce qui se déroule extérieurement ne laisse pas transparaître les fabuleux échanges d’énergie qui traversent la pièce pendant cette joute. Pour vous donner une idée, j’avais remarqué qu’aucun oiseau ne s’approchait de la maison pendant un exorcisme ou un désenvoûtement. Je me souviens qu’un jour, alors que j’étais en train de pratiquer la deuxième de ces libérations sous un arbre, un oiseau imprudent vint se poser sur une branche, au-dessus de nos têtes. L’infortuné tomba sans vie. Son organisme n’avait pas résisté aux forces en mouvement. Un animal a très peu d’auto-défense contre ce genre d’agression. Les esprits qui prennent possession d’un corps ont une puissance impossible à prendre en défaut si on ne détient aucun pouvoir. Pour s’en débarrasser soi-même, il faut réagir très vite dès la première tentative, avant qu’il puisse s’ancrer solidement dans son nouveau support. Ce n’est pas de l’eau bénite ou la bonne volonté qui peuvent vaincre un esprit bien implanté. Si celui-ci se méfie de moi et demeure prudent, c’est qu’il ressent la force que je dégage et qui lui impose, à la longue, ma volonté. Cependant, il tentera toutes les diversions que lui dictera son imagination perverse et il dressera tous les pièges qui pourrait lui permettre de prendre l’ascendant sur moi. Par les compliments, il a essayé de savoir si l’orgueil était une de mes faiblesses. Avec son charme équivoque, il voulait savoir si j’étais susceptible de succomber à ce type de séduction. Par ses menaces, il voulait éveiller en moi un sentiment de peur. S’il décèle une seule faille, il va s’y engouffrer et prendre l’avantage. Parfois, ces esprits simulent leur départ du corps. J’en connais plus d'un qui s’y est laissé prendre. Jusqu’au dernier moment, la partie n’est pas jouée et une seule seconde d’inattention peut se révéler désastreuse. Dans ces combats, tels que je les mène, il n’y a pas de compromis. Il y a toujours un vainqueur et un vaincu. Je ne peux pas tout expliquer ici mais c’est ma vie qui est réellement en jeu, car, si l’adversaire gagne, je la perds.
Revenons à notre histoire au moment où, brusquement, ma cliente, manœuvrée par l’envahisseur, sauta du fauteuil dans le but évident de se sauver. Nous dûmes ceinturer ce corps en révolte puis nous décidâmes de l’immobiliser sur la table de massage. Les choses allaient devenir plus sérieuses. Nous arrivions à la période de préparation à la délivrance. Ce fut une succession d’épisodes calmes et très mouvementés qui dura des heures. Cet esprit était vraiment tenace. Lorsque son côté serpent se manifestait, il faisait onduler le corps qui se débarrassait des cordes avec une facilité déconcertante. Sa langue pointue hors de la bouche, il cherchait à mordre les mains qui le retenaient. Il sifflait de rage devant son impuissance. Puis, le calme revenait, car il se fatiguait. Il se faisait alors hypocritement très conciliant et proposait à mes assistants de fumer une cigarette en promettant qu’il se tiendrait tranquille. Il nous fixait même des durées précises. Par exemple, il nous disait : « je ne bougerai pas pendant trois quarts d’heure ». Bien entendu, il ne tenait jamais parole, pensant ainsi nous surprendre. Ce n’était qu’une ruse stupide mais qui, malgré tout, lui permettait de récupérer un moment. Peu à peu, il arrivait au stade auquel je devais l’amener : celui de la sortie du corps. Stade pour lequel il devait être assez fatigué pour ne plus avoir aucune velléité de rébellion tout en restant capable de partir. La marge de manœuvre est très étroite. S’il possède trop d’énergie, il n’obéit pas du tout et, s’il n’en a plus assez, il n’a plus la force de s’éclipser. C’est une des raisons pour laquelle je dois rester concentrée sur lui. Il faut que, grâce à mes facultés, je connaisse ses réserves à tout moment. Ce n’est que de cette manière que j’ai la possibilité de déterminer avec précision l’instant favorable.
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Cet instant se présenta et je lui donnai le premier ordre. Il ne bougea pas. Néanmoins, je sentais que sa résistance était affaiblie. Je lui intimai à nouveau l’ordre de sortir mais, cette fois, à l’aide d’un crucifix que je plaçai devant le visage de la jeune femme. Il devint furieux, se débattit et, soufflant sur la croix, il la brisa. Il n’y eut aucun contact autre que son souffle et je ne sais pas comment il a pu causer ces dommages. Cependant, il fallait qu’il sorte. Ses ressources s’amenuisaient. Je lui lançai un nouveau commandement péremptoire. Nous vîmes alors la gorge de ma cliente gonfler démesurément puis virer au sombre. Le visage prit la même couleur. Ensuite, un hurlement de bête s’éleva. L’esprit se savait vaincu. Ses cris traduisaient la rage et le désespoir d’être contraint d’obéir contre son gré. Il refusait cette soumission, lui si orgueilleux et si sûr de lui. Il se rendit enfin et sortit du corps qu’il avait réquisitionné.
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Nous étions tous épuisés mais notre satisfaction était intense. Sauver un être humain d’une telle emprise est une grande œuvre périlleuse, mais la joie finale est à la hauteur des difficultés. Je ne peux révéler les armes que j’utilise. Elles doivent rester secrètes. Mais, qu’on ne se fasse pas d’illusion, il faut être très solide et posséder une résistance au mal hors du commun pour en user, car rien n’est gratuit dans le spirituel.
Il faut tout de même savoir qu’un poison astral ne peut entrer dans n’importe quel corps. Ce genre de travaux manipule des créatures très basses qui ne réagissent qu’aux vibrations et il faut, pour que la possession se réalise, que l’envahisseur trouve ce que l’on appelle « un bon terrain », c'est-à-dire une victime dont la qualité des vibrations ne soit pas trop éloignée de la sienne. Sinon, plus le décalage sera important, plus le barrage vibratoire sera efficace et, passé un certain cap, l’acte de possession deviendra impossible.
Quant aux esprits pervers qui se livrent à ces activités lâches et criminelles, ils sont alors placés directement en face de la justice astrale. Leur sort ne m’incombe pas. Ma tâche se limite à détruire leurs œuvres, ce qui n’est déjà pas si mal. Éjecter l'intrus n'est toutefois pas suffisant. Certains travaux préparatoires à la possession sont exécutés pour affaiblir la victime et si je ne les annule pas, tout ce que j'aurais fait auparavant ne servirait à rien. La porte serait toujours ouverte et une autre entité pourrait être facilement implantée. Je nettoyai donc ma cliente de ces dernières vilenies.

Trente minutes plus tard, elle se relevait en souriant, le regard rempli de reconnaissance. Son visage était d’une beauté qui irradiait la paix. Douleurs et malaises avaient disparu. La transformation était totale. Elle respirait le bonheur et cela me fit du bien. Cet être qui pouvait se transformer en serpent m’avait troublée. Je n’avais jamais été confrontée à ce phénomène auparavant. L’astral est plein de surprises. Et pas toujours agréables suivant les plans que l’on côtoie.
La journée avait été, certes, éprouvante mais, pour moi, elle n’était pas terminée. J'avais effectivement déblayé ma cliente des travaux préparatoires mais, en revanche, je les avais toujours sur moi. D'ailleurs, ce sont eux qui me font gonfler. Je dois obligatoirement me dégager ensuite tout en veillant à ce qu'ils ne nuisent plus. Il s'en suit alors des moments douloureux qui s'étalent, en moyenne, sur trois jours.
Aujourd’hui, je ne peux plus pratiquer parce que mon corps physique ne peut plus assumer ces épreuves. On n’arrive pas toujours à éliminer parfaitement les influences destructrices et les organes qui sont la cible principale des travaux sont, chez moi, en très mauvais état.
Je peux dire, sans me vanter, que je n’ai, dans ce domaine, que des victoires à mon actif mais je peux dire aussi, sans me vanter non plus, que j’en ai payé le prix. Malgré tout, je ne regrette rien.
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